L'Underground Bar
L’esprit underground
jusqu’aux rives chics du lac d’Annecy
Juin 2007



Pour aller à l’Underground Bar, c’est simple, il suffit de demander, ou à peu près.
On ne s’y retrouve pas par hasard.
On atterrit là-bas parce qu’on connaît quelqu’un qui nous en a parlé, quelqu’un qui connaît quelqu’un, qu’on a vu un flyer sur Myspace, qu’on est allé frapper à quelques portes familières pour se renseigner « dis, toi, tu connais ce truc ? »… Qu’on nous a répondu « alors c’est vers…, après…, à côté de… ». Si on se retrouve là-bas, c’est qu’on l’a cherché ou qu’on y a été invité, amené par quelqu’un qui connaît et qui nous fait suffisamment confiance pour nous y emmener.
Ca demande un peu d’implication, de bonne volonté.
Ca évoque un peu la façon dont un groupe se retrouve à jouer dans tel lieu, avec tel autre groupe : c’est souvent parce qu’il connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un.
La musique, ce n’est pas seulement une histoire de notes, de technique, de style, c’est aussi beaucoup, voir surtout, une histoire de liens, d’affinités entre les êtres, une aventure humaine.

L’Underground Bar est un petit « bar privé » parce que, tout simplement, sis sur une propriété privée, ou plutôt en-dessous, au sous-sol. C’est chez les frères Tom et Will.
Le lieu fut inauguré il y a bientôt 5 ans, le 28 août 2002, l’anniversaire de Tom, une soirée mémorable qui avait commencé sous des tentes en plein air, puis un orage énorme éclata et pendant que des bateaux se retournaient sur les bords du lac, dans le bar, des convives trempés crottés se serraient comme des sardines, réjouis !
Le bar fut d’abord conçut comme un local de répétition pour le groupe dont Tom et Will faisaient parti à l’époque, Gloryhole, et un lieu où donner des fêtes, où les potes pouvaient faire leurs premiers petits concerts d’échauffement, entre potes, et c’est là que Tom peut fièrement faire remarquer que les Coming Soon, alors Nietchissimus Orchestra, y donnèrent un de leurs tous premiers concerts.
Puis les choses évoluèrent : de fil en aiguilles, le net et myspace aidant, le cercle des contacts muta en spirale ascendante : au bout d’un an, les premiers « vrais » concerts commencèrent, avec des groupes venus d’un peu plus loin que les berges du lac d’Annecy, petit cachet à la clef.
L’un des plus premiers exemples à donner est Malkovich, un groupe qui avait joué deux semaines auparavant au Hellfest, et qui joua là sur une scène de 10 m2 environ, devant 30 personnes, et avec joie, en plus.
Pendant 4 ans de concerts à proprement parler, des groupes venus d’ailleurs, de Tchéquie avec Austin Lucas, aux USA avec Drew Danburry, en passant par l'Italie avec les Jersey Line, partagèrent la scène avec les locaux « nouvelles pousses » style Coming Soon (qui maintenant ont une chronique dans les Inrock’ à leur actif mais à l’époque, non) ou X-Tra Pleasure Burning Band, ou locaux « anciens » comme The Twisted Minds ou Saoni Ma, et il y en eut pour tous les goûts : du hardcore trash à la folk mormonne, toujours dans une jolie volonté d’ouverture d’esprit maximale.
L’esprit du lieu, justement, est de rendre la musique live accessible à tous les âges, à toutes les bourses, avec toute fois ce paradoxe du lieu « privé » dont l’adresse ne circule que sous le manteau, ce qui en réduit forcément l’accès, ce qui sert aussi de filtre bien un peu nécessaire à l’entrée d’une maison, filtre qui limite plutôt efficacement les abus crades et bordéliques que connaissent tous les bars et autres boîtes de nuits.

Et quand le public ne suit pas, comme tous les organisateurs de concerts, Tom se pose la question : pourquoi les gens rechignent-ils tant à payer quelques euros l’entrée ? Souvent moins qu’une place de ciné, et ce d’ailleurs quelque soit le genre de salle où se tient le concert, pour voir jouer sur scène deux ou trois groupes qui le lendemain iront parfois jouer à Lyon ou Paris pour le double du prix. Certains font mine de racler les fonds de poches, quelque soient la somme demandée ils trouvent toujours à renâcler, comme s’ils étaient au bord de la faillite alors qu’ils dépenseront sans broncher des sommes faramineuses en boisson ou en fumée. Surtout que, contrairement à une place de ciné, le spectacle offert est un spectacle vivant : la sueur qui dégouline du front des musiciens ne sort pas du brumisateur d’une maquilleuse. Ce sont des gens qui travaillent, là, sur scène et qui ont travaillé encore plus avant pour en arriver là. Ils font ça pour leur plaisir, bien sûr, à la base, ils se font plaisir, seulement, bientôt, à ce rythme là, les musiciens devront payer pour jouer. Ils payent déjà de leur personne : souvent, quelque soit le mode d’organisation, il faut s’estimer heureux quand un concert, qu’il ait attiré 30 ou 400 personnes, permet tout juste de rentrer dans ses frais.
Le problème pourrait en partie venir de là : les gens savent que le musicien est là pour se faire plaisir et souvent, les musiciens eux même rechignent à marchander leur musique. Estimer la valeur d’une création si évanescente est un peu plus délicat que d’estimer celle d’un fromage ou d’une maison.
Pourtant il y a bel et bien travail, sueur, offre d’un spectacle qui répond à une demande. Le public en réclame encore, le public, une fois les fesses dévissées de son fauteuil, le crane débranché de la star ac’, ce public reconnaît la valeur de la marchandise, applaudi, va parfois jusqu’à se racler encore un peu plus les poches pour acheter le cd ou le t-shirt.
C’est que, contrairement aux clopes, aux bières, etc.…, du spectacle, on peut en avoir gratis. Il suffit de rester dans son petit confort moderne, dans ses petites habitudes et d’allumer la télé. Le public a sans doute la sensation de faire une fleur aux musiciens en se déplaçant pour le voir, il fait déjà l’effort monumental de s’extirper de son foyer, alors si en plus il faut payer, ohlala !
Les gens deviennent légèrement fainéants.
Les gens sont légèrement fatigués.
Nous sommes tous fatigués. Certains jours sont moins durs que d’autres mais les temps sont difficiles pour tout le monde, tout le monde en conviendra. Sortez les violons.
Alors quoi ? On va finir tous chez soi à ne plus sortir que pour aller bosser ? Et encore, quand on a un boulot ?
Les gens amateurs de musique live n’ont-ils donc jamais remarqué qu’un bon concert à quelque chose de vivifiant ? Bien sûr, un « bon » concert est rarement bon pour tout le monde. Il arrive même (assez rarement, foi de concerophage) qu’on reparte en se disant qu’on aurait mieux fait de rester chez soi… « Assez rarement » d’autant plus qu’on a au moins eu l’occasion de voir des gens, que ce soit des potes ou des moins potes, des gens qu’on ne connaît peut-être pas ou juste pas encore. Plus précisément, des gens qui partagent la même passion pour la musique, des gens avec lesquels on a donc une grosse affinité à la base, des gens avec lesquels il est donc possible de passer un moment agréable, ne serait-ce qu’en papotant 5 minutes de tout et de rien.
Non mais en fait, le gros bout de l’explication, c’est que les gens rechignent à payer sans savoir ce qu’ils vont voir. Les fans de Raphael ou des Asian Dub Foundation vont payer 30 euros sans broncher pourvoir voir des « stars ». Mais payer 5 euros pour voir… Euh…
« - Salut, c’est quoi ce soir ? du punk rock ? Ouai, j’aime bien le punk rock mais les groupes, c’est qui ? Ils sont bons ? 
- Bah, ouai, si on les fait jouer, c’est parce qu’on y croit ! A voir ! 
- Ouai mais là en ce moment j’ai plus trop de sous… Tu me fais la place à mi-tarif ? Pour mes beaux yeux ? »
Voilà, en gros, ce que ça donne parfois aux portes des concerts un peu underground, quelque soit la zone ou la rive (pour décrypter, ceci est une allusion au fait que les Locaux Larsen à Chambéry sont situés dans une zone artisanale un peu glauque et l’Underground Bar, non loin de la rive du lac d’Annecy, repère de villas et autres enseignes chics, genre Sotheby’s).

Et bien, que tous ces gens qui rechignent à débourser quelques euros se réjouissent : avant la fin de cet été va se tenir la grande fête de fermeture de l’Underground Bar et ça va être gratuit (+ sur invit', places limitées oblige).
Tom précise bien que le but n’est « pas de faire jouer Metallica » (quoi que franchement, Metallica à l’Underground Bar comme au Bistro des Tilleuls, ce serait un sacré trip) mais juste d’inviter à jouer un grand nombre de ces potes : Gloryhole, L.O.L., Citizen Death (son groupe actuel), The Reaction, Bye Horus, The Twisted Minds. Et que ceux qui souhaitent casser la croûte apportent leur pique-nique.
Oui, monde cruel, l’Underground Bar ferme, Tom s’en va passer un an un peu loin et après… Après, il y a des chances que la suite soit jolie, en tout cas on le lui souhaite.
En attendant, pour conclure, l’auteur est complètement de son avis : ce serait bien qu’un maximum de monde se motive pour se bouger encore plus, quelque soit le domaine d’activité, le moyen, le style, le talent… Et que tout le monde s’entraide et se respecte un peu plus… Des « anciens » pourraient sponsoriser des petits jeunes, les petits jeunes pourraient un peu aller demander aux anciens de les faire profiter de leur expérience…
La politique de la main tendue, de l’oreille ouverte, tout ça, tout ça.
L’esprit Underground.
Hippy trash.


Le concert du 19 mai 2007 :






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