Grunge Attitude



Intro en photos


Cette tartine aurait dû voir le jour depuis longtemps, seulement voilà, quand on a un planning un peu rock’n roll, qu’on est très lent et pas juste fatigué comme tout le monde, on merde un peu vraiment de temps en temps. Désolée.
Le gros du texte fut rédigé fin août 2006.


Histoire d'y puiser un peu d'inspiration et de me mettre en condition, j'écoute Nevermind de Nirvana. Cet après-midi, sur la même bande son, j'ai entamé la rédaction d'un "papier" rendant compte de ma dernière rencontre avec Thomas, le chanteur de Rosemary et membre actif (et bientôt radioactif, ouai, celle-là, elle était facile), de l'association Minimal Chords de Chambéry, rencontre prévue comme une sorte d'interview, une chose étrange : être la seule à poser des questions, une sorte de discussion à sens unique, vraiment étrange. Je n'ai jamais reçu l'entraînement nécessaire pour mener correctement à bien ce genre d'exercice. Désolée pour le massacre.

Cela se passait près de Rumilly.
Pourquoi là-bas? C'est qu'entre Annecy et Chambéry, il y a une petite heure de route alors quand Thomas vient à mi-chemin récupérer un élément de batterie chez Olivier, le batteur des Nilisium (devenu début 2007 bassiste/choriste des Mistermud) qui a aussi été récemment batteur remplaçant de Rosemary sur quelques concerts pendant que le batteur en titre devait, lui, se consacrer un peu sérieusement à ses études; à mi-chemin, donc, Caro, un peu feignasse, en profite volontiers. Nous avons commencé par passer là un moment dans le "local de répétition" des Nilisium. "Local de répétition", bien grand mot : tout juste un recoin dans un coin du garage, la batterie coincée entre un réfrigérateur et des étagères de conserves, quelques têtes de Cobain sur les mur, moi écoutant ces deux types parler essentiellement organisation de concerts.
Sujet susceptible d'amener à la conclusion suivante, pour citer Thomas : "On est tous dans la même merde!".

Histoire de donner un peu plus dans le vécu détaillé, cet après-midi là, Olivier avait donné rendez-vous à Thomas à Rumilly, devant le Coks, un bar fermé depuis un moment. Jadis s'y donnait des concerts, c'est d'ailleurs là, à un concert des Rosemary que les deux énergumènes se sont rencontrés fin 2004. Chambéry étant un peu loin de chez moi, je me répète mais c’est un élément capital de l’histoire, la mystérieuse frontière entre Annecy-Chambéry, tout ça… Thomas m'avait proposé de profiter de cette occasion pour faire cette foutue "interview" (une idée à lui, je suis vache, je précise).
A 17h ce dimanche après-midi, je me suis donc retrouvée à l'attendre en compagnie d'Olivier, arrivé en premier, qui revenait tout juste du concert des Skatellites à Sallanches, ceci pour dire qu’on peut être grungeos à fond et aimer le ska, les Rick Hardeurs, tout ça… Une fois trouvé Thomas qui avait réussi à se paumer dans Rumilly – bénis soit le téléphone portable, direction le repère des Nilisium. Une fois le bidule de batterie récupéré, Thomas et moi aurions pu mettre les voiles pour aller nous poser à Rumilly pour notre "interview" mais je me suis dit, "pourquoi bouger?". Enfin, je ne sais pas trop, c'était un peu pas trop organisé. Typique de la grunge attitude, ça.
On a donc fini tous les trois dans une petite pièce au dernier étage, sous les toits, un petit bureau, à côté de l'ordinateur qui crachait toute sorte de chansons style Primus? Je ne connais pas Primus, je sais juste qu'on a dû en entendre quelques titres, que c'est une de leurs références communes aux deux grungeos qui ont aussi en commun, dans leurs meilleurs jours, un certain sens de la rigolade... Le batteur remplaçant, nettement d'avantage que l'attitré: Davy tape avec une sorte de hargne sombre et sérieuse, Olivier est plus dans un délire rock'n roll et trashons le matériel... Pour le situer lui et le style des Nilisum, il suffit d'écouter Territorial Pissings. Je n'avais pas encore pris le temps d'écouter cet album, Nevermind, et quand le player est passé à cette chanson cet après-midi, je me suis dit "ah! Voilà qui a dû bien les inspirer, les Nilisum!" (et oui, on peut avoir une culture musicale en forme de meule d’emmental rongée par les souris et avoir un webzine quant même. Même pas peur).

C’est un peu décousu et on se demande ce qu’on fait là ? Désolée, je suis chez moi, je fais ce que je veux et on s’amuse comme on peut, surtout quand on est fatiguée.

On pourrait en faire toute une tartine sur les Nilisum et leur chanteur qui semble s'appliquer à devenir de plus en plus inintelligible au fil du temps… Mais là n'est pas le sujet de l'exercice de style…
Quoi qu'en y réfléchissant, on pourrait rapprocher ce soucis d'inintelligibilité de la réticence de Thomas à mettre les paroles de ses chansons sur le net…
Et, quoi que, en y regardant bien, le dit local de répétition des Nilisium est loin d'être hors sujet lui aussi: Thomas –> Minimal Chords –> concerts aux Locaux Larsen (à la base, essentiellement des locaux de répétitions) –> Locaux Larsen –> aussi un sous-sol, une ancienne chaufferie située dans une "zone artisanale" franchement glauque. Un lieu où l'on ne serait guère surpris de tomber sur des vampires ou au moins sur des chauve-souris accrochées aux plafond des toilettes.
C'est dans ce genre d'endroit qu'on réalise que les rockers, punks et grungeos en tous genres ont tellement l'habitude de passer des heures et des jours à répéter dans des lieux glauques, isolés, des lieux sombres, inconfortables, du style le garage des parents ou la cave de la maison, qu'il leur est sans doute bien naturel de donner des concerts dans des lieux du même genre, tant ces lieux ne peuvent que leur sembler familiers. Pour eux, une salle comme le Matin Bleu à Annecy, sorte de club-salle de concert très sombre que j'ai tendance à trouver horriblement lugubre, avec des toiles d’araignées dans les coins, cette salle doit leur sembler très correcte, en termes de confort et d'esthétique. Ouaich.. Personnellement, au sujet du Matin Bleu (devenu semble-t-il le Deejays depuis le début 2007) je pourrais aller jusqu’à admettre que le volume architecturale est sympa mais que si on me mettait les clefs en main, je commencerais par tout virer, en-dehors des murs porteurs, et il ne resterait alors qu’à tout nettoyer et à tout repeindre en blanc. Après, on pourrait commencer à travailler.
Oui, j’ai vraiment beaucoup d’imagination.

Les musiciens de ce milieu ont une pratique de la musique bien différente de celle des non-musiciens : le non-musicien pratique la musique confortablement installé chez lui devant sa stéréo ou son ordinateur, dans sa chambre ou son salon, au pire en ballade dans sa voiture ou dans la rue avec son lecteur mp3. Le musicien, lui, en plus de l'écoute en salon, pratique la musique en garage. Qui aurait l'idée incongrue d'aller dans son garage pour écouter de la musique?
Pas moi (et c'est ainsi sûrement uniquement par manque d'habitude que je trouve le Matin Bleu lugubre, mais oui, voyons! c'est sûrement ça !).
Les musiciens pratiquant les musiques amplifiées, eux, n'ont pas le choix. A la rigueur, ils peuvent composer en acoustique dans leur salon mais contrairement à un violoniste par exemple, pour pratiquer, c’est à dire pratiquer "branchés", il doivent pratiquer cachés.
Tient… Il y a une piste cachée sur Nevermind : les hurlements de Cobain m'évoquent là encore le style "je vomis mon yaourt" de Niko. Oui, j'avoue connaître assez mal Nirvana : j'en connais essentiellement la partie émergée de l'iceberg, celle qu'on voit à la télé ou en librairie (le journal de Cobain, très recommandable), pas ces morceaux distordus, versant dans le trash noisy. Et oui, on peut avoir une culture musicale qui ressemble à une meule d’emmental pleine de trous de souris, je me répète, et avoir un webzine. Je suis chez moi, je fais ce que je veux et on s’amuse comme on peut.
Et donc, les différences de pratique des musiques amplifiées entre musiciens et non-musiciens pourraient bien être une des racines du gros problème de démotivation du mélomane lorsqu'il s'agit d'aller à un concert : la majorité des salles (underground et autres MJC) sont franchement peu accueillantes et aucunement prévue pour être "confortables", dans le sens peut-être un peu féminin du terme, ok.

Une autre source des difficultés que rencontre ce milieu pourrait bien être le fait que les musiciens, techniciens, organisateurs de concerts soient essentiellement ça: des musiciens, techniciens, organisateurs, tout au masculin, et qu’à force de rester entre mecs… Et bien, je ne saurais dire exactement ce qui se passe et comment pourquoi mais, en gros, à vue de nez, la machine semble s’essouffler.
Et par expérience perso, je peux le dire, quand une fille en croise une autre plus ou moins active dans ce milieu, elles se regardent un peu comme des ovnis. Ca ne facilite pas forcément les choses…
Les musiciennes sur scène, par exemple, sont présentent environ à hauteur d'une à deux pour dix musiciens (oui, j'ai compté, environ, et, autre chiffre, celui là bien précis : en 2006, Le Brise Glace ne comptent que 26% de filles parmi ses adhérents, chiffre qui augmente doucement depuis l'ouverture en 1998, à ce rythme il arrivera peut-être à 30% dans 2-3 ans) et bien sûr, dans le milieu punk, metal, hardcore, le milieu de prédilection de Thomas, les chiffres tombent encore plus bas. Lui ne connaîtrait pas plus de deux nanas musiciennes à Chambéry, en comptant Sandra je suppose, elle aussi activiste au sein de Minimal Chords, bassiste à ses heures dans un petit groupe de punk, Slam-Shot.
Et effectivement, à Chambéry, je n’ai vu jusque là que deux autres musiciennes (depuis août 2006): Gaëlle, des Valquenta et Claire de Perth. Ca fait 3. Qui dit mieux ?

Les filles aux Larsen… Le jour où j'y ai vu le plus de musiciennes sur scène, carrément plein comparé à l'habitude, c'était lors du concert anti-folk d'octobre 2005: une française (Jane Kidder) et trois américaines (Kimya Dawson, Schwervon!, The Solvents), avec au final une proportion de 2/7. Oui, nettement plus que d'habitude, vive l'anti-folk!
Alors soit les filles ont peut-être moins besoin de crier que les garçons et ne se sentent donc pas particulièrement d'affinités avec les musiques tonitruantes? Et la plupart vont aux concerts de ce genre pour accompagner leur copain ou parce que le chanteur de Guerrilla Poubelle est "mignon" (le commentaire n'est pas de moi mais d'une fan et ce n'était peut-être pas "mignon" mais "beau", je ne me souviens plus avec certitude mais c'était l'esprit) ?
Soit les filles tiennent à leur confort et à leur dignité et se refusent à pratiquer la musique dans des conditions à l'image du peu de cas dont fait l'objet l'amateur de musique amplifiée de la part des distributeurs de subventions et elles se rabattent donc sur les conservatoires pour y jouer de la musique classique.
Mais alors les classes de jazz des dits conservatoires devraient compter autant de filles que de garçons et idem pour les classes de chansons, ce qui n'est – à ce que j'ai entendu dire, pas le cas : les filles seraient quasi absentes des premières et les garçons quasi absent des secondes (il me manque les chiffres officiels, je me fie là aux dire d’une élève du conservatoire d’Annecy) ce qui pourraient mener à penser que ce déséquilibre vient d'une simple différence entre les psychisme/cerveaux féminins et masculins : les filles sont naturellement portées à communiquer en ar-ti-cu-lant le message et les garçons en se servant des mélodies (et quand ils trouvent des mots, beaucoup sont tellement mal à l'aise avec qu'ils préfèrent ne pas trop les étaler partout et/ou ont carrément tendance à les transformer en yaourt).

Que d'autre à dire ? On papotte, on papotte pendant bien 2h et quoi?
En conclusion: que d'énergie!
C'est vrai, quand on entend Cobain brailler comme ça, durant presque tout un album, on ne peut pas s'empêcher de se faire cette réflexion… et justement, toute cette histoire commença peut-être bien le jour où, pour l'achat de sa première cassette audio, Thomas choisi Nirvana plutôt que Michael Jackson. S'il en avait été autrement, il serait peut-être en train de répéter la chorégraphie de Thriller plutôt que de mitonner la playlist d'une nouvelle émission de radio pour Elébore (une radio locale), émission consacrée à tous les genres de musiques qui "envoient" bien, du grunge, au hardcore en passant par le punk (le mardi de 22à 23h). En tout cas, tout ne commença pas à la maison en regardant le chef de famille jouer ses compos rock de jeunesse ni en écoutant la grand-mère chanter des airs d'opérette : pas de musiciens dans la famille… Genre, l’anomalie familiale. Ca, c’est fait.

Et pour en revenir à la radio, média quelque peu plus accessible et populaire qu’Internet, dans la région, en guise d'émission musicale sur les radios locales, on a ODS radio, une radio "100% locale" comme dit leur slogan, qui diffusent du concert de groupes locaux enregistré au Brise Glace deux fois par mois et du David Grumel.
Non, pour entendre de la musique locale en journée à la radio… Ca n'existe pas.
Là, bientôt, grâce à Ellebore, nous aurons (enfin les gens de Chambéry auront, peut-être aussi ceux d’Aix mais guère au-delà), une émission hebdomadaire concoctée par des locaux et diffusant, entre autres Placebo et Primus, des groupes locaux d’ici ou d’ailleurs (par exemple à St-Etienne aussi, ils ont des groupes locaux).
Il y aussi Rock en Folie sur Perrine FM… Là encore, émission ponctuelle sur une radio locale qui, le reste du temps, ne diffuse que du tout venant écoutable ailleurs…
Non, la meilleure solution pour écouter les groupes locaux – histoire de se rendre compte que la musique, il n’y a pas que les parisiens qui en font bien, il y a aussi ses voisins, là, tout près, parfois juste au coins de la rue, la meilleure solution, c’est soit de rester chez soi pour surfer sur myspace (les liens de Tamazic sont un bon point de départ) et si on a un peu plus de motiv’, bah on sort, on se bouge, et on va se mêler à ceux de ses voisins qui font pareil. Une fois qu’on commence à les chercher (parce que oui, il faut un peu les chercher : ils ont assez peu tendance à faire autant de foin que Céline Dion, ce qui pourrait bien être une autre explication du peu de cas que le public fait d’eux… Mais les locaux, eux, c’est qu’ils n’ont pas que ça à faire : besoin de créer pour exister et de trimer pour subsister. Bosser pour gagner sa croûte, c’est autant de temps qu’on ne passe pas à faire sa com’ mais, bref), on se rend compte qu’il y en a plus qu’on le pense. Et on ne se bouge pas tous de la même façon ni à la même vitesse, mais cette fois, vraiment, bref.

Enfin non, tout ceci dit, en passant, un clin d’œil perso (je suis chez moi, je fais ce que je veux et on s’amuse comme on peut), une mention spéciale aux grungeos pour leur sens de la répartie et du bon mot qui marque :

« C’est parti avec le gras ! ». Olivier, février 2006.

« Je crois que j’ai tout assis de ma personne ! ». Nicolas, mai 2006.

« T’as pas encore assez pissé ? ». Thomas, septembre 2006.

« Ahhhlala ! ». Julien, souvent.

« Oh ! La vieille frime ! ». H.H., novembre 2006. H.H. n’est pas du tout un grungeos mais si on se laisse verser dans la citation, vu que celle-là tient une jolie place dans la collection… Et alors, par association d’idée, un autre hors-jeu grungeos :

« Arrête de me faire parler ! ». Ange, novembre 2006.

Et en souvenirs des Lutins Greluts, vainqueurs toutes catégories en matière de répartie, jeux de mots et autres calembours :
« Oh non ! Pas des bouts tout mâchouillés ! ». Julian, décembre 2006.

Désolée.

On va quant même finir sur du plus approprié :
“What are they tuning ? A harp?”. Kurt, 1993 (MTV, Unplugged).


Caro. Juin 2007.



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